الخميس , 18 أبريل 2019

CONDITIONS ET ATTITUDES DES TRAVAILLEURS ALGERIENS EMIGRES EN FRANCE

EXPOSE ANALYTIQUE (*)

Par Ammar BOUHOUCHE (**)

Le but de cet exposé est de passer en revue les différents avantages qu’apportent les émigrés algériens au pays d’accueil, ainsi qu’à leur pays d’origine. Une fois ce fait établi, nous essayerons de déterminer les opinions des travailleurs algériens notamment en ce qui concerne les solutions qui pourraient être envisagées pour améliorer leurs conditions sociales et économiques en France (voir Tableau I).

A cet effet, leurs réponses collectées à l’occasion de notre interview, nous fournissent le matériau, l’outil de travail qui nous permet d’évaluer l’effet produit sur le travailleur algérien au contact d’une autre culture, ainsi que son adaptation à un nouveau mode de vie, à savoir celui de la Société Française.

Histoire et causes de lémigration algérienne en France.

Au début, l’intention des autorités françaises était surtout de mener une action punitive contre les Chefs de la Régence d’Alger et ainsi remporter une victoire rapide qui permettra à la famille des Bourbons de recouvrer leur prestige et leur popularité en France. Cependant, cette action une fois terminée, la France changea d’avis et se mit à exproprier les Algériens et à leur confisquer leurs terres.

Dépossédés de leurs biens, refoulés vers des contrées incultes, les autochtones se trouvèrent contraints d’émigrer et de rechercher le travail ailleurs. Les possibilités de travail étaient cependant limitées aux travaux saisonniers et spécialement aux moissons dans les vastes fermes que les colons s’étaient appropriées.

En 1912, l’industrie française commença à prendre rapidement de l’extension, ceci amena des milliers d’Algériens au chômage à partir en France et de s’y établir (voir Tableau II). La diminution sensible qui a, affecté la main-d’oeuvre française en raison de la Première Guerre Mondiale poussa le Gouvernement Français à compter sur les travailleurs Algériens pour reconstruire le pays. C’est ainsi que l’Algérie se trouva moins peuplée dans les années 20. Les colons français s’opposèrent alors à cette émigration, car ce mouvement réduisait la main-d’œuvre à bon marché qu’ils avaient à leur disposition en Algérie. En effet, les colons français firent tout pour amener les autorités à limiter les départs des Algériens vers la France.

Durant la période qui précéda la Deuxième Guerre Mondiale, la nécessité de reconstruire le pays conduisit la France à faire appel aux travailleurs Nord-Africains. Cet impératif économique la poussa même à encourager l’émigration. Entre temps, les colons français cessèrent de barrer la route à l’émigration des travailleurs algériens, car l’Algérie était devenue surpeuplée, mais l’explosion de la Révolution Algérienne, en 1954, ralentit l’émigration vers la France (voir Tableau III) –

Quand l’Algérie devint indépendante, les Français décidèrent de contingenter l’émigration. Elle fut réduite au nombre de 12.000 travailleurs par an. La raison invoquée est que les candidats à l’émigration étaient trop nombreux. L’Algérie s’arrangea, cependant, avec le Gouvernement Français pour élever le contingent à 35.000 par an. Parallèlement le Gouvernement Algérien créa un bureau national de main-d’œuvre qui prit en mains tous les problèmes concernant l’émi­gration et le travail en France.

Les causes de l’émigration sent multiples, mais la plus importante est l’absence de structures industrielles en Algérie. On sait que les hommes d’affaires français ne cessèrent

(*) Revue algérienne des sciences juridiques, économiques et politiques, numéro 2, 1973.PP 511-526.

(**) Chargé d’enseignement, université d’Alger

jamais de s’opposer à l’indus­trialisation de l’Algérie, car pensaient-ils, cela créerait en Algérie une compétition dangereuse pour l’industrie française. La seconde cause de l’émigration est d’ordre politique. La tendance des colons français à supprimer et à persécuter les partis politiques algériens et les organisations commerciales força un grand nombre d’Algériens à se rendre en France où ils trouvaient la liberté d’exercer leurs activités politiques ou économiques. La troisième cause comporte plusieurs facteurs à savoir : la pression démographique, face à un secteur agricole surchargé, ajouté au manque d’éducation qui réduit pour les Algériens, les occasions d’obtenir des postes dans les Services civils et de devenir des ouvriers spécialisés.

Les conditions des travailleurs et les différents aspects de leur contribution dans les économies française et algérienne.

Le taux peu élevé de l’accroissement de la population active française est l’un des facteurs qui rendirent important les travailleurs algériens au regard de l’économie française. En effet, l’insuffisance de la main-d’œuvre française amena le Gouvernement Français à rechercher à l’extérieur cette main-d’œuvre qui faisait défaut à la France d’autant plus que les travailleurs Algériens pour l’industrie française présentent l’avantage de servir là où l’on a besoin d’eux, c’est-à-dire, une main­ d’œuvre prête à travailler n’importe où et à accomplir les tâches pénibles et dégradantes, sans compter le rôle important que joue cette opération en faveur de l’atténuation de l’inflation qui résulte de l’envoi d’une grande partie des revenus des travailleurs à leurs familles en Algérie.

Les autorités françaises avaient créé un Office National de l’émi­gration qui avait pour but de réglementer le recrutement des travailleurs étrangers. Sa compétence était cependant limitée puisque 80 % des travailleurs étrangers sont en général, sous la juridiction du Ministère de l’Intérieur Français lequel ne dispose d’aucune agence pour aider les travailleurs.

Les Algériens émigrés sont mal équipés pour faire face aux exigences imposées par la vie d’une société moderne et aucune organi­sation ne leur  a apporté l’aide qu’ils étaient en droit d’attendre du pays d’accueil. Leurs difficultés proviennent surtout de leur méconnaissance de la langue française, du manque de logement et de leur ignorance des démarches administratives à faire.

Les Français, en général, se soucient fort peu des étrangers émigrés et les autorités françaises n’ont pris aucune mesure efficace pour régler le problème des prestations familiales.

En effet, les travailleurs algériens dont les familles demeurent en Algérie,  perçoivent des prestations familiales infimes par rapport à celles perçues par ceux dont les familles se trouvent en France.

Les Français en général font preuve d’indifférence à l’égard des problèmes de l’émigration algérienne et ceci semble résulter de la différence des cultures propres aux deux peuples. Quant aux organisations françaises, leurs réserves étaient dictées par leur crainte de voir l’arrivée des travailleurs étrangers réduire le revenu des travailleurs Français.

En ce qui concerne l’Algérie, il semble que l’émigration représente pour elle une aventure à la fois bénéfique et profitable pour les raisons suivantes :

1) Les travailleurs Algériens dont les familles demeurent en Algérie ne cessent de subvenir aux besoins de leurs familles en leur envoyant, régulièrement une partie de leurs salaires.

2) Les enfants bénéficient des allocations familiales.

3) Le séjour des émigrés en France permet à un grand nombre d’illettrés ou sans qualification de devenir des ouvriers spécialisés.

4) Les salaires transférés en Algérie aident le Gouvernement Algérien à réaliser certains projets industriels créant ainsi de nouveaux emplois pour des centaines de travailleurs.

 

Caractéristiques générales obtenues par échantillonnage.

La population musulmane algérienne avait presque doublé entre 1936, et 1966. Cette population jeune issue de cet accroissement n’a leur assurer de meilleures conditions de logement, car disaient-ils, les conditions de vie dans les hôtels insalubres où ils sont contraints de chercher refuge nuisent énormément à leur état de santé.

Quelques-uns des interviewés avaient le sentiment d’être méprisés par un grand nombre de Français à cause de leur travail. Apparemment, l’attitude peu amicale de certains Français à l’égard des Algériens est dictée par le souvenir de la Guerre de Libération. D’autres interviewés se sont plaints de l’attitude de certains patrons qui s’obstinaient à les payer à un taux inférieur à celui dont bénéficient d’autres ouvriers accomplissant des tâches identiques, alors que d’autres ont fait remarquer que ce sont surtout les Pieds-Noirs qui les détestaient et ne laissaient passer aucune occasion sans leur faire des remarques désobligeantes telles « Si vous n’êtes pas contents, rentrez chez vous ».

D’aucuns, affirment ainsi que les Français, aimeraient voir les Algériens rentrer en Algérie et y demeurer, d’autres pensent que les Français les détestaient parce qu’ils sont musulmans et d’autres, enfin pensent que leur présence était devenue indésirable en France. Depuis l’accession de l’Algérie à l’indépendance ce qui privait les Français des richesses de ce pays.

Le sentiment général  prévalant dans les milieux des travailleurs Algériens est la nécessité de garder son sang-froid devant les provocations et de demeurer amical vis-à-vis des Français. Quelques travailleurs pensent qu’il serait utile de s’adresser au Gouvernement afin qu’un terme soit mis à la discrimination dans le logement. Une petite minorité semble n’avoir aucune opinion et ne voit aucune solution aux problèmes qui se posent à l’émigration.

En ce qui concerne les réalisations françaises en Algérie, les idées des travailleurs sont divergentes, voire même, quelquefois contradic­toires. C’est ainsi que certains pensent que les Français avaient tout détruit avant de partir en 1962, alors que d’autres, les plus nombreux, pensent que la découverte du pétrole était l’une des plus grandes réalisations à inscrire à l’actif de la France. L’enquête  a révélé aussi que nombreux sont les travailleurs Algériens qui se déclarent satisfaits de la modernisation du secteur agricole. Par contre, ils sont unanimes pour dire que l’analphabétisme est la pire conséquence de l’occupation française en Algérie.

Il semblerait, donc, que ces émigrés considéraient le manque d’éducation comme la cause directe de leur misère.

Attitude des travailleurs Algériens envers l’Algérie.

Les visites que rendent les émigrés Algériens à leurs familles en Algérie sont fréquentes dans le courant de l’année. En rentrant chez eux, ils sont souvent chargés de cadeaux pour faire plaisir aux nombreux membres de leurs familles. Ces déplacements sont facilités par la courte distance qui existe entre les deux pays.

En général, les travailleurs Algériens en France perçoivent des salaires assez satisfaisants. Mais ces salaires sont souvent partagés avec leurs familles, demeurées en Algérie. Ils envoient en moyenne entre 30 à 50 % de ce qu’ils gagnent aux 2,5 millions d’Algériens qui dépendent financièrement d’eux.

Quelques travailleurs nous ont signalé, cependant qu’ils n’envoyaient qu’une petite partie de leurs salaires. Les fonds envoyés étant dépensés, ils préfèrent les garder et les amasser jusqu’à leur retour. Le sondage révèle que la majeure partie des travailleurs considère que la raison majeure de sa présence en France est la nécessité de subvenir aux besoins de sa famille et pense que cette action est la plus grande œuvre  de sa vie. Certains interviewés, peu nombreux, ont exprimé leur désir d’apprendre un métier en France pour pouvoir revenir ensuite en Algérie et contribuer à son développement. Ils agissent ainsi, probablement, en raison de l’insuffisance des possibi­lités de formation qui s’offrent à eux en Algérie. Certains aussi, espèrent recevoir une aide financière du pays afin de pouvoir mettre en chantier des projets industriels, commerciaux, etc. D’autres, peu nombreux, souhaitent obtenir une aide pour se spécialiser dans certains domaines afin d’élever leur niveau de vie.

On a constaté qu’un grand nombre d’émigrés, en particulier les hommes âgés, sont choqués par la conduite des jeunes qui s’adonnent à la boisson, aux jeux de hasard et autres formes de débauche. Conduite qui donne lieu parfois, à des heurts violents entre frères, sachant que les jeux de hasard, par exemple, sources de rixes et de conflits entre émigrés. On a relevé aussi que cette même catégorie d’interviewés, critique sévèrement ses coreligion­naires qui n’ont pas tenu leurs promesses à l’égard de leurs familles et de leurs amis, car en se rendant en France ils avaient promis monts merveilles à ces derniers, mais ont vite fait d’oublier  ces promesses une fois sur le sol français. Il y a lieu de  remarquer, cependant, que l’espoir demeure tout de même grand, chez la majorité, de voir cette situation d’aliénation disparaître avec le temps. A cet effet, un grand nombre d’interviewés pense que le meilleur moyen d’atténuer ou de mettre un terme aux problèmes qui se posent, est d’organiser des meetings pour les exposer et leur chercher des solutions ensemble.

D’autres interviewés, non moins nombreux, se prononcent pour des actions punitives pour «remettre les égarés sur le droit chemin».

A quoi sont  dus ces problèmes ?

Il faut dire que le manque de distraction et de lieux de loisirs, ajouté à l’absence de la famille, créent un vide que certains cherchent à combler en s’adonnant à la boisson ou en se livrant à des jeux malsains.

Par ailleurs, en ce qui concerne la coopération algéro-française, la majorité des émigrés a exprimé des sentiments modérément favorables. Le sentiment général qui prévaut et qu’en ce moment bien que la France les aide à subvenir aux besoins de leurs familles et à gagner

leur vie, elle n’en tire pas moins des avantages et de leur présence en France, (ils lui offrent une main-d’oeuvre à bon marché) et de l’Algérie d’où elle tire des bénéfices des richesses naturelles, et notamment du pétrole.

La coopération, préoccupe moins, cependant, les Algériens que la question de voir l’Algérie se doter d’une armée forte et organisée.

Après la coopération algéro-française, les émigrés Algériens se prononcent pour la nécessité de moderniser l’industrie existante en Algérie, de réaliser une industrialisation poussée dans tous les domaines et enfin d’arabiser l’Education Nationale.

En général, l’attitude des émigrés algériens est moins favorable à l’égard des Français qu’à l’égard des autorités. Un grand nombre de travailleurs pense que les Français font preuve de mépris à leur égard à cause de leur travail, alors que d’autres, au contraire, ont le sentiment d’être bien accueillis.

L’enquête a révélé que l’aliénation sociale est plus importante parmi les travailleurs venant de centres ruraux, que parmi les travailleurs venant de centres urbains. Ces derniers se sentent beaucoup plus gênés par l’indifférence des autorités françaises à leur égard.

Quant à l’âge, les jeunes semblent plus mécontents de l’attitude des Français que les personnes âgées. Cela tendrait à démontrer que plus se prolonge le séjour des émigrés en France, plus ils s’adaptent à la vie en France et, partant, leurs rapports avec le peuple français deviennent plus cordiaux.

Il existe très peu d’organismes susceptibles de rendre service aux émigrés. Le seul connu des travailleurs est l’Office National Algérien de la main-d’oeuvre, organisme qui a commencé à les aider, alors qu’ils étaient encore en Algérie.

Il faut dire que nombreux sont les travailleurs qui ne peuvent adhérer à des organismes  à cause du travail accaparant qu’ils accom­plissent. Et ceux qui ont pu le faire, c’est parce qu’ils avaient été séduits par le fait que ces organismes défendent un certain nombre de principes auxquels eux-mêmes croient pleinement.

La meilleure manière d’aboutir à un résultat positif avec les émigrés est de discuter avec eux, amicalement et sans protocole, car ils manquent de radios et ne comprennent pas le français. Ils doivent les quelques informations qu’ils détiennent à certains collègues qui lisent les journaux et les mettent quotidiennement au courant de l’activité politique française et algé­rienne. Ils ne semblent pas intéressés par l’action en groupes et leur plus grand souci demeure leur travail et leurs familles.

CONCLUSIONS

A travers les chapitres précédents, nous avons pu constater qu’en ce qui concerne le problème de l’émigration, le Gouvernement Français était en train d’adopter une ligne de conduite dans le but de donner à la France le complément de main-d’oeuvre qui lui faisait défaut. Ceci était devenu évident lorsqu’en avril 1964, les Français avaient à limiter le contingent des travailleurs Algériens à 12.000 par an, puis avaient porté ce chiffre par la suite à 35.000 lorsqu’ils avaient jugé le marché du travail capable de résorber ce nombre.

Depuis le 5 janvier 1970, chaque travailleur étranger, quelle que soit sa nationalité, était contraint d’avoir un permis ou une carte de séjour. Cela permettait aux autorités françaises de contrôler les entrées et sorties des travailleurs étrangers et de réguler leur flux selon les besoins.

Les Français ont vu qu’il y avait un certain intérêt à renforcer leur coopération avec l’Algérie, mais non point sans réserves. En effet, les gouvernants français ont fait preuve de souplesse en accordant à l’Algérie le privilège d’envoyer 35.000 travailleurs chaque année en France pour y chercher un emploi et en réduisant les formalités à une simple carte d’identité, au lieu du passeport et autres documents complémentaires. En même temps, ce privilège n’était pas accordé aux autres pays Nord-Africains.

En contrepartie, l’Algérie fournit du pétrole à la France et la privilégie dans le domaine commercial.

Par ailleurs, les Français ont montré moins de souplesse quant à la question du transfert des fonds vers l’Algérie. Ils avaient limité à 200 Frs la somme que pouvait prendre chaque émigré sortant du territoire français. De plus, aucun émigré ne peut envoyer à sa famille plus que son salaire mensuel. Cela signifie que les économies que certains Algériens avaient réussi à mettre de côté durant les dernières années, resteraient gelées dans les banques françaises. De même si certains ne sont pas payés ou ne disposent pas de leurs fiches de paie, ils ne peuvent, non plus, rien envoyer à leur familles. La présentation de la fiche de paie étant exigée à l’occasion de chaque opération d’envoi de fonds en Algérie. Et cette fiche ne peut être utilisée qu’une seule fois.

Les Français considérant que le niveau de vie en Algérie inférieur à celui du peuple français, ils ont fait en sorte que les émigrés Algériens, dont les enfants sont demeurés en Algérie, perçoivent des presta­tions familiales inférieures à celles versées aux nationaux. Les fonds économisés de cette manière par la caisse sont investis dans des entreprises de construction, de logements destinés aux travailleurs étrangers.

Cette politique française, avec ses avantages et ses inconvénients, semble destinée d’une part, à assurer l’existence d’une main-d’oeuvre étrangère suffisante à l’économie française et d’autre part à ralentir le mouvement de sortie du capital français vers l’étranger. Cependant, les plans français ne sont pas accompagnés par les efforts nécessaires qu’il aurait fallu entreprendre pour améliorer les conditions de vie des travailleurs étrangers, les stimuler au travail et partant leur donner l’occasion de gagner l’estime de la société.

Les plus grands services que l’on puisse rendre aux émigrés, c’est de les aider à trouver du travail, à étudier, à acquérir une certaine formation professionnelle, à trouver un logement décent, à avoir la possibilité de se divertir un peu et, enfin, à faire venir leurs familles vivre auprès d’eux.

Le fait de chercher du travail aux émigrés, ou de leur fournir les informations susceptibles de les aider à en trouver, mérite une attention beaucoup plus grande que celle que lui accordent les autorités françaises actuellement.

Avec l’aide d’experts en la matière, les émigrés peuvent être installés là ou l’on a besoin d’eux et peuvent également trouver des emplois en rapport avec leurs qualifications.

Faute de renseignements, les émigrés sont souvent dans des régions où ils n’ont que peu de chance de trouver du travail et restent ainsi inemployés durant plusieurs mois.

Ne pas se soucier d’une répartition rationnelle de la main-d’œuvre entre les différents domaines et selon les besoins est à la fois préjudi­ciable aussi bien à l’économie française qu’aux émigrés.

De même, la mise au point de programmes d’initiation et de formation professionnelle ne peut que se traduire par une amélioration du rendement des travailleurs et de leur position sociale.

L’éducation et les procédures et formalités administratives consti­tuent un domaine où les Français pourraient aider les émigrés à s’améliorer et à trouver des situations meilleures. En effet, les émigrés ont besoin de quelqu’un qui leur explique la législation du travail, le mécanisme des assurances et de la sécurité sociale, les formalités administratives etc.

Il nous a été donné de voir, par exemple, des émigrés demander à leurs collègues les formalités administratives nécessaires pour faire venir, leurs familles et n’ont pu obtenir que des réponses évasives, les uns n’étant pas plus informés que les autres.

La meilleure solution serait peut-être, d’engager des travailleurs capables d’enseigner le français aux émigrés algériens, même dans les hôtels où ils vivent ou dans les lieux environnants.

En ce qui concerne le manque de logements, la construction de coopératives là où les émigrés travaillent résoudrait de nombreux problèmes. La seconde solution serait d’amener la force ouvrière française à conjuguer ses efforts avec ceux de l’Etat pour construire des hôtels dans les quartiers où les émigrés travaillent.

L’administration peut rendre un grand service à l’émigration si elle prend l’initiative de faire voter une loi qui interdirait la ségrégation dans le logement et l’exploitation des étrangers par des propriétaires avides et sans scrupules.

Dans ce sens, l’Allemagne de l’Ouest peut servir d’exemple à la France. En effet, dans ce pays, les églises et les organisations commer­ciales ont créé 500 clubs et centres d’accueil pour les travailleurs étrangers arrivant en Allemagne. Ces clubs et ces centres les aident à trouver du travail, à se loger et à suivre des stages. La télévision allemande, de son côté, a conçu des programmes spéciaux pour les émigrés, dans leurs langues maternelles et le Ministère de l’Education a créé des classes particulières pour les enfants d’émigrés afin qu’ils puissent s’adapter à leur nouvelle vie.

De tels programmes d’orientation et d’adaptation servent à la fois les intérêts de l’Allemagne et des immigrants. La plupart de ces derniers trouvent rapidement du travail et se spécialisent très vite.

On rapporte que 77 % des travailleurs désireux de faire venir leurs familles en Allemagne en obtiennent l’autorisation et peuvent y trouver des logements convenables.

La conception de programmes similaires en France ne peut qu’augmenter la productivité au bénéfice de l’économie française, car en aidant les travailleurs à se spécialiser ces derniers seront capables d’exercer de nouveaux métiers mieux rémunérés et laisseront ainsi leurs places aux nouveaux venus. Il en résultera aussi une certaine mobilité dans la répartition des travailleurs algériens entre les différents secteurs de l’économie française, ce qui ne manquera pas de lui être profitable.

Recommandations spécifiques.

A travers notre recherche, il se manifeste à l’évidence que la France et l’Algérie ont des intérêts communs et des problèmes interdépendants puisque les émigrés contribuent au progrès économique des deux pays.

Les intérêts mutuels des deux gouvernements pourront être mieux servis et leurs économies respectives y gagneraient beaucoup, s’ils consentaient des efforts pour aider les travailleurs émigrés, notamment en leur rendant les services suivants :

  1. I) Dans toutes les grandes villes où les émigrés travaillent, le Gouvernement Français doit lancer de nouveaux projets de constructions pour assurer des logements décents aux émigrés, car les conditions peu hygiéniques dans lesquelles ils sont contraints de vivre, en ce moment, fragilisent leur santé, ce qui les rend inaptes au travail, donc improductifs et pour le pays d’accueil et pour leurs familles demeurées en Algérie.

ÉTUDES ET DOCUMENTS       

  1. II) Il y a un besoin urgent à ce que les deux pays envisagent de créer un Conseil mixte qui pourra repenser les problèmes de l’émigration et conseiller utilement les Gouvernements des deux pays.

Un tel conseil pourra être chargé d’aider les travailleurs à trouver du travail et d’organiser des stages de formation professionnelle.

III) Les deux pays peuvent aussi prévoir une taxe de 2 % sur toutes les marchandises importées ou exportées dans les deux sens. Les ressources provenant de cette taxe seront utilisées pour la construc­tion de coopératives pour les émigrés et la mise au point de certains programmes sociaux en leur faveur.

  1. IV) Il est dans l’intérêt de la France et de l’Algérie à ce que les familles des émigrés Algériens demeurent en Algérie, le manque de logements en France n’étant pas à démontrer. La meilleure manière d’atteindre ce but est de faciliter le transfert de fonds vers l’Algérie et non de le restreindre comme a tenté de le faire le Ministère des Finances français pendant les deux dernières années.

Naturellement, les Français se sont préoccupés plus de la balance de paiement que de l’aide à apporter aux familles pauvres en Algérie qui comptent sur les émigrés en France, mais cette politique n’a pas manqué de contraindre de nombreuses familles à rejoindre leurs chefs travaillant dans ce pays.

  1. V) Les deux pays peuvent s’entraider pour réduire le nombre des travailleurs Algériens se rendant en France à la recherche du travail en créant, par exemple, certaines industries mixtes en Algérie qui pourraient résorber une partie des chômeurs et les encourager à rester dans le pays, comme c’est le cas de la firme Berliet installée présentement à Rouiba près d’

  1. VI) Il est nécessaire d’organiser périodiquement des rencontres entre des représentants des différents Ministères Algériens et ceux des émigrés afin de résoudre les problèmes qui relèvent de l’autorité de ces Ministères.

Quelques travailleurs nous ont affirmé qu’ils avaient attendu plus d’un an pour pouvoir parler à un représentant du Ministère algérien des Affaires Sociales. Le problème qui se pose n’est pas dû seulement à ce que la majorité des émigrés ne sache ni lire, ni écrire, mais aussi à leur ignorance des services compétents.

VII) La meilleure manière de dépasser les problèmes de la boisson et des jeux de hasard est de créer des centres de divertissement, car la majorité des émigrés ne sait pas où aller après les heures de travail.

VIII)   Les propriétaires des hôtels où logent les travailleurs devaient mettre gratuitement à la disposition de leurs clients une télévision afin qu’ils puissent connaître la société et la culture françaises.

  1. IX) L’Amicale devrait organiser des vols spéciaux et des tournées en Algérie. Cela aidera les émigrés à mieux connaître leur pays à moindre Il est à remarquer que la plupart des travailleurs ne rentrent chez eux qu’en été, pendant la période des congés. Or, pendant cette saison, il est difficile de trouver une place à bord d’un avion ou d’un bateau.

  1. X) L’Administration algérienne devrait assouplir les services douaniers à l’égard des émigrés qui apportent, souvent, de nombreux cadeaux aux membres de leurs familles.

On sait que les services algériens de la douane ne prennent aucun droit sur les objets ramenés par les émigrés Algériens rentrant défini­tivement au pays, alors qu’ils se montrent sévères à l’égard des travailleurs qui y viennent pour rendre visite à leurs familles, lesquelles attendent souvent différentes sortes de cadeaux.

Cette attitude des services douaniers algériens embarrasse énor­mément les émigrés, car il leur est difficile de consentir le sacrifice d’acheter des cadeaux pour toute la famille tout en craignant d’être lourdement taxés par la douane.

Tableau 1

 

Population de chaque département algérien

et nombre de personnes interviewées

Département (1)

 

Population
(1)

 

% de chaque

dépar­tement

 

Nombre de personnes devant être
interrogées
par dépar­tement (2)

 

Nombre

exact de

personnes actuellement interrogées

 

1 Alger

2 Annaba

3 Aurès

4 Constantine

5 El Asnam

6 Mostaganem

7 Oasi

8 Oran

9 Saïda

10 Saoura

11 Sétif

12 Titteri

13 Tiaret .. ..

14 Tizi Ouzou

15 Tlemcen

 

 

1.468.168

949.989

765.052

1.513.068

789.583

778.863

505.553

958.366

236,950

212.474

1.237.927

870.163

361.962

830.758

444.118

 

 

13.32

7.85

6.32

12.50

6.52

6.43

4.18

7.92

1.96

1.75

10.23

7.19

2.99

6.58

3.67

 

16.34

9.42

7.59

15.00

7.83

7.72

5.00

10.00

2.40

2.10

12.28

8.63

3.60

8.24

4.40

 

14

9

8

15

8

8

5

10

2

2

12

9

4

8

4

 

 

Total….

 

12.101.994

 

100 %

 

120 %

 

118

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1- Source : Bulletin de Statistiques Générales, N° 1 (Alger : Commis­sariat National du recensement de la population, 1967).

2- Basé sur le nombre des 120 travailleurs projetés d’être interviewés des 15 départements en Algérie, par rapport à l’importance de la population de chaque département.

3-Le seul département dont la quote-part demeura basse, vu le nombre projeté des personnes à interroger. Alger étant la capitale, ses habitants étaient pour la plupart instruits et apparemment moins concernés par l’immigration. Il était difficile de trouver des travailleurs de ce département à Paris et dans sa banlieue.

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