الخميس , 20 يونيو 2019

Le citoyen face à son administration

 (*)

Par Ammar BOUHOUCHE

Professeur de sciences de l’Organisation

à l’Institut des Sciences Politiques

Université d’Alger

Dans toute société, le travail administratif est considéré comme l’une des plus importantes activités de l’Homme.

C’est ainsi que l’Administration coordonne les efforts des hommes, exploite les richesses  nationales pour permettre aux groupes sociaux de réaliser les objectifs qu’ils se sont assignés.

A partir de cette définition du travail administratif, le citoyen considère l’administration de sa commune comme responsable de son avenir et garante de la satisfaction de ses besoins.

Si l’administration a eté créée pour faciliter la vie du citoyen et le servir, il est nécessaire de préciser les rapports qui lient les ser­vices de l’Etat aux citoyens. C’est pourquoi il semble que le plus grand obstacle à l’établissement de liens sociaux, ainsi qu’au renforcement des rapports de coopération entre les responsables de l’Administration et les bénéficiaires de ses services, est l’absence de structures et de moyens pouvant satisfaire les désirs et réaliser les aspirations de la population. C’est ainsi que tant qu’il n’existe pas de structures en nombre suffisant, tant que les conditions de travail et d’entraide entre les citoyens et leur administrations ne sont pas définies, aucune partie ne pourra obtenir des résultats positifs si l’autre demeure.

 Lorsque nous affirmons que les rapports existant entre le citoyen et son administration ne sont pas définis, cela signifie que ce citoyen ne pourra rien espérer de sa confiance vis-à-vis des responsables des Assemblées Populaires.

De même, il est difficile pour les autorités locales de prendre toute des décisions  importantes se rapportant à la planification, à l’ organisation, à l’ orien­tation, à la gestion des affaires et au contrôle si ce même citoyen ne manifeste pas clairement ses désirs et ne s’engaage pas résolument à res­pecter les décisions prises dans l’intérêt général.

Il ne fait pas de doute que le citoyen qui entretient des rap­ports constants avec les services administratifs dans les domaines financier ou juridique pourrait rencontrer des obstacles qui l’empêcheront d’obtenir ce qu’il désire.   Si ces complications sont dues à la non clarté des lois et leur contradiction, ceci est de la compétence de l’Administration qui doit consulter l’autorité supérieure et lui suggérer des solutions en vue de simplifier les opérations administratives. Mais si ces complications sont le fait d’une négligence délibérée quant à l’accomplissement du devoir, ceci doit alors nous inciter à réfléchir davantage à la question. Aussi faut-il poser la question : comment le citoyen peut-il se défendre au cas où les services de l’Administration le reçoivent mal, ne lui accordent pas ses droits ou négligent complètement ses problèmes. Que peut faire le citoyen moyen ?

S’il existe des lois qui protègent le fonctionnaire et garantissent la stabilité dans le travail et les moyens de subsistance, d’autres lois devraient exister pour protéger le simple citoyen des abus

(*)Etude non publiée, préparée pour le séminaire « Comment gérer l’agglomération algéroise »,Alger, – 15-16 Mai 1977.

émanant de gens puissants et de ceux qui par inconscience, se moquent de lui.

Nous n’exagérons pas quand nous disons que ce qui entrave principalement l’évolution des sociétés modernes, c’est     sûrement le souci d’appliquer les lois à la lettre, sans que ce souci se manifeste quand il s’agit de la défense des intérêts des citoyens.

Dans ces conditions, il est nécessaire que soient respectés les droits des citoyens  tout comme l’on respecte les lois car l’administration a été créée pour servir l’homme et résoudre  ses affaires quotidiennes, et non pas pour lui être inaccessible par le fait qu’elle se conforme littéralement  aux lois qui doivent en principe lui permettre d’atteindre ses objectifs.

Nécessité d’une évolution administrative 

 

Le temps est précieux pour tout citoyen, et le fait qu’il se rende fréquemment aux bureaux de l’Administration de sa commune constitue des efforts inutilement dépensés aussi bien pour l’individu qui supporte les fatigues du transport, de l’attente devant les guichets de la mairie que pour le fonctionnaire débordé par le travail et incapable de satisfaire ceux qui se présentent à lui.

En plus du souci de reconnaître la valeur du temps et celui de servir le citoyen promptement, il faut considérer un autre facteur tout aussi important : celui de procéder au changement des mentalités.

Le citoyen qui s’adresse à son administration pour venir à bout de ses problèmes, attend d’elle qu’elle le comprenne et réponde au mieux à ses désirs.

Il n’échappe à personne que le citoyen recherche avant tout le respect mutuel, l’efficacité, l’organisation, l’équité et la précision dans le travail. Ces critères peuvent exister dans n’importe quelle admi­nistration dont les membres font preuve d’une bonne moralité et d’un désir sincère de répondre favorablement aux services demandés par le citoyen algérien.

A partir de cela, le comportement de tous, tout en servant de bon exemple, prépare le terrain à un véritable succès dans le domaine de la gestion. Seul le fonctionnaire engagé à accomplir honorablement ses devoirs, et soucieux de s’acquitter de ses responsabilités, peut régler les problèmes avant qu’ils ne s’accumulent et instaurer la confiance au sein de son établissement.

Lorsque nous réclamons l’accomplissement d’une nécessaire révolu­tion administrative, nous n’envisageons pas seulement la suppression de le routine administrative, nous visons d’autres aspects tout aussi importants peur le citoyen algérien et qui sont les suivants :

-1. Que le citoyen jouisse de la protection de l’Etat, que l’objectif essentiel des responsables communaux soit celui de répondre à ses besoins et non de lui compliquer l’existence comme le faisait l’admi­nistration coloniale.

-2. Que la suprématie de la bureaucratie ne puisse pas s’étendre aux services communaux parce  que l’intérêt général exige de la part du citoyen qu’il soit au service de son prochain, en évitant de le sous­-estimer ou d’abuser de ses pouvoirs à son encontre.

3- Que l’absence de respect mutuel entre le fonctionnaire et le citoyen, et le développement du désordre, entraînent de fâcheuses et graves conséquences aussi bien pour l’avenir du citoyen.

4-Que l’efficacité dans le travail et la compétence sanction­nent l’avenir du fonctionnaire : tout fonctionnaire qui n’œuvre pas dans le sens de l’intérêt général et qui ne lui accorde pas l’importance qui lui est due, ne mérite pas d’exercer dans un établissement qu’il a le devoir de consolider, d’enrichir par son travail au lieu d’y être un lourd fardeau.

5- Que le sérieux dans le travail soit l’un des principaux cri­tères pour l’exercice de n’importe quelle fonction administrative. Que l’intégrité du fonctionnaire dans l’accomplissement de sa tâche et à l’égard de sa patrie soit une condition essentielle, car le fonctionnaire qui accorde de l’importance au travail qu’il entreprend et à la responsabilité qui en découle, acquiert de ce fait la confiance totale des citoyens.

C’est sur la base de ces seuls points que peuvent s’instaurer les relations de confiance mutuelle, entre les citoyens et leurs adminis­trations et que peut s’accroître la volonté de travailler de chacun. Tous peuvent alors consacrer leur temps aux activités productrices qui profite­ront à l’ensemble des citoyens ainsi qu’aux fonctionnaires des administra­tions. Ces changements qui s’effectueront dans les administrations, ainsi que l’application de méthodes pratiques ne peuvent réussir que si apparais­sent des qualités morales, une volonté sincère et une ferme résolution dans l’exercice des responsabilités. Ces qualités doivent se refléter dans la conduite de tout homme et dans sa manière d’appréhender les problèmes posés afin de mieux les résoudre et de délivrer les gens de leurs soucis.

Enfin, l’évolution de chaque commune est liée à la qualité des personnalités choisies pour la gestion des affaires de ses habi­tants.

Dans ce cadre, tous les habitants des communes doivent s’efforcer de connaître les personnes candidates aux élections communales, avant de choisir celles sur lesquelles ils peuvent compter pour entreprendre des activités sociales, économiques, culturelles et d’urba­nisme. Pour que la démocratie populaire atteigne son véritable sens, il faut qu’intervienne à la suite de la confiance accordée aux élus communaux, le moment de rendre compte de leur gestion et d’étudier les réalisations ainsi que les difficultés qui ont entravé la concrétisation des aspirations des masses algériennes. Ainsi pourrait-on considérer comme nécessaire            et non négligeable la participation des citoyens à la discussion, leurs suggestions, l’exposition de leurs problèmes vitaux devant les Assemblées Communales.

ACCUMULATION DES PROBLEMES ET  POSSIBILITES REDUITES  DES COMMUNES

Dans chaque commune, des autorités locales ont la responsabilité

d’assurer tous les services dont ont besoin les habitants. En effet, les secteurs d’activité sont nombreux et variés ; les habitants de chaque commune attendent des responsables élus qu’ils prennent en charge leurs problèmes afin de les résoudre au niveau local parce qu’ils sont plus proches que les autorités centrales et sont plus aptes à saisir les diffi­cultés dont souffre tout citoyen de la commune. C’est pourquoi toutes les couches sociales considèrent qu’il est du devoir de leurs communes respectives  d’assurer:

1 -Un emploi à chaque habitant.

2 -L’enseignement à tous les enfants.

3 -Le logement.

4 -La construction des routes

5 -L’ouverture de pharmacies

6 – L’ouverture de centres médicaux

7 – La distribution de journaux et de revues

8 – La création de crèches.

9 – La création des terrains de sports.

10 – L’approvisionnement en eau potable.

11 – La construction de canalisations.

12 – L’électrification.

13 – La création de centres de culture pour les jeunes.

14 – Les transports publics         pour les travailleurs et les écoliers.

15 – Une salle de cinéma.

16 –  Des camps de jeunes pour les vacances d’été.

17 – L’organisation d’excursions.

18 – Le contrôle de l’hygiène.

19  – La sécurité.

20- La mobilisation des habitants au service des révolutions culturelle et agraire.

21 –  Des orphelinats.

22- Des cantines pour les pauvres et les vieillards.

23 – Le contrôle des centres de formation professionnelle qui serviront de chantiers à ceux qui n’ont pu

poursuivre leurs études.

24- L’organisation de campagnes de vaccination et l’enrayement des maladies vénériennes.

25 – Création de jardins et de lieux de loisirs pour enfants

pour éviter qu’ils ne fréquentent les mauvais endroits.

26 – La mobilisation des jeunes qui traînent dans les rues pour des projets de construction et d’édification.

Tous ces sujets étant considérés par le citoyen comme relevant de la compétence de sa commune, il attend l’aide des autorités locales pour trouver une solution aux problèmes qui perturbent sa vie. Mais  tout le problème est de savoir  si la commune est en mesure de satisfaire toutes les doléances de la population ?

La réponse à cette question est claire et n’exige pas une grande réflexion.

La commune ne peut répondre à la majorité des voeux de la population, étant donné que les espoirs des citoyens sont largement au-dessus de ses   possibilités matérielles et morales.

Le problème essentiel des communes réside dans le fait que les statuts actuels de la fonction publique ne permettent pas de recruter des cadres qualifiés qui puissent aider les mairies à réaliser des projets et veiller à leur exécution.

Donc, les statuts actuels empêchent les Présidents des A.P.C. de renforcer les structures de chaque mairie pour attirer des cadres sur lesquels ils pourraient  compter pour promouvoir une véritable renaissance qui engloberait le domaine de l’urbanisme et le domaine socio-économique.

Le deuxième problème dont souffrent actuellement les communes réside dans l’insuffisance des crédits peur financer ses divers projets. Il nous a été donné de constater dans certaines communes proches de la ville d’Alger que les crédits financiers alloués à certains projets ne suffisent même pas pour couvrir les frais d’études préliminaires. Souvent la commune renonce à l’exécution d’un projet de peur que sa réalisation ne s’avère impossible.

Le troisième problème auquel sont confrontées les communes réside dans le fait qu’elles ne peuvent assurer les services nécessaires au citoyen, parce qu’elles n’arrivent pas à obtenir le matériel qui leur permettrait de se transformer en un véritable chantier de travail. L’inexis­tence de machines et sans doute, le plus grand obstacle qui paralyse les communes en les empêchant d’exécuter des projets réalisables matériel­lement et financièrement.

Le quatrième problème dont souffrent les communes, et par conséquent, chaque citoyen, réside dans les difficultés d’acquisition des matériaux de construction, les moyens de transport et les machines, de l’inexistence d’organisme spécifique chargé de l’acquisition des machines et des outils pour le travail, au niveau de la Daïra ou de la Wilaya. Il résulte de ces faits, que les communes se trouvent incapables de s’adapter à la modernité et incapable de s’acquitter de leur devoir envers les citoyens.

Le cinquième problème est que les communes dont les tâches sont purement routinières, se trouvent complètement isolées de la popu­lation faute de mobiles de coopération mutuelle dans les différents domaines entre les habitants et leur commune.

L’ensemble de la population désespère de la commune, et ne lui témoigne aucune considération. Cette attitude a incité les communes à se replier sur elles-mêmes pour se convertir en un ensemble de bureaux occupés par des personnes amorphes incapables de régler quoi que ce soit.

En ce qui concerne le sixième problème, il réside dans la répugnance des gens à travailler dans les administrations communales parce que ces dernières n’offrant ni les bons salaires, ni les avantages consentis par les sociétés nationales et les autres administrations de l’Etat.

Tout ce qui précède est considéré comme une entrave importante au recru­tement d’éléments résolus et bien disposés à introduire une ambiance de vie et de dynamisme au sein de l’Administration Locale. Ce qui nous amène à dire que l’Administration communale ne peut rivaliser avec le reste des Administrations du pays pour attirer des éléments compétents et disposés à les renforcer dans les domaines politiques et socio-économiques. Si les mairies continuent dans cette voie, elles ne pourront recruter pour leurs services     que des agents refusés par les Sociétés Nationales et les Administrations centrales pour incompétence.

Le septième problème, assez grave, réside dans le fait que la participation populaire, aux tâches entreprises par la commune est presque inexistante. Est-il raisonnable d’espérer la réussite d’une administration au service de personnes, si ces dernières ne lui apportent pas d’aide et ne lui soumettent pas d’affaires à étudier ?

En réalité cette répugnance réciproque entre les citoyens et leurs organismes populaires, est une manière de décourager les volontés ; c’est un grand coup porté aux principes sur lesquels reposent les communes elles-mêmes, car la vie de l’organisation et sa durée sont liées à la possibilité de servir l’intérêt général de la Société.

Le huitième problème réside dans le fait que la méthode de travail suivie dans les communes est révolue. Elle est incompatible avec l’aspiration de sa population.

Théoriquement, le Président de l’A.P.C. peut jouer un rôle primordial dans la gestion des affaires de la commune, mais il ne peut pratiquement assurer que le travail routinier, qui consiste à signer les documents, recevoir les hôtes et représenter les membres de l’A.P.C. dans les réunions officielles. Le fond du problème réside dans le fait que le Maire n’est pas entièrement déchargé, au sens propre du terme, car il n’existe aucun texte de loi qui lui garantit la réintégration de son poste d’origine au terme de son mandat ; c’est pour cela que la non décharge entière du Maire donne des résultats négatifs qui influent sur la marche des affaires de la commune.

Le neuvième problème réside dans le fait que l’Administration des communes ne distingue pas jusqu’à présent les services techniques des actions politiques.

Il est du devoir des administrations communales d’accorder une importance prépondérante au Directeur Technique qui prendra en main toutes les actions techniques et administratives mais actuel­lement, toutes les activités sont pratiquement concentrées entre les mains du Président de l’A.P.C qui n’est pas forcément un technicien expérimenté, étant donné que sa principale fonction est d’ordre politique, non administrative.

Le dixième problème réside dans les règlements admi­nistratifs imposés aux A.P.C de chaque commune. Ces A.P.C ne peuvent utiliser les fonds dont elles disposent, ni les utiliser en temps opportun si les autorités supérieures ne procèdent pas rapi­dement à des contrôles financiers, et si les Wilayates ne leur donnent pas leur accord.

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